01.12.2017, 00:01  

Occasion manquée à Neuchâtel

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Y-Parc, à la périphérie d’Yverdon. La ville nord-vaudoise était la seule en mesure de proposer à Incyte un site à sa mesure

 01.12.2017, 01:56   Occasion manquée à Neuchâtel

ÉCONOMIE Une biotech américaine choisit Yverdon au nez et à la barbe du canton.

Le 7 novembre dernier tombait une bonne nouvelle pour le développement économique de l’Arc jurassien: l’entreprise biopharmaceutique Incyte s’apprête à investir une centaine de millions de dollars pour installer septante employés sur un site de 20 000 mètres carrés à Yverdon. Une surface deux fois plus grande est réservée pour les développements futurs qui devraient presque doubler les...

Le 7 novembre dernier tombait une bonne nouvelle pour le développement économique de l’Arc jurassien: l’entreprise biopharmaceutique Incyte s’apprête à investir une centaine de millions de dollars pour installer septante employés sur un site de 20 000 mètres carrés à Yverdon. Une surface deux fois plus grande est réservée pour les développements futurs qui devraient presque doubler les effectifs.

L’impact des 130 places de travail se fera sentir bien au-delà du Nord vaudois. L’entreprise s’installe à 20 minutes de son site de Lausanne. Elle est aussi présente à Genève. Impossible d’ignorer la logique d’une installation à Yverdon (nos éditions du 7 novembre).

Manque d’anticipation

Pourtant, à Neuchâtel, on sourit crispé, et des dents grincent. Le projet est porté par un des fils prodigues de la Promotion économique cantonale: Michael Morrissey, qui fut le boss de Celgene à Boudry, qu’il a quitté pour Incyte. Il en est vice-président.

Ce qui pouvait laisser penser que Neuchâtel avait toutes ses chances d’accueillir cet autre projet de biotech.

Le directeur des opérations techniques chez Incyte n’est autre que le député PLR Julien Spacio. Il est arrivé au sein de l’entreprise en début d’année, alors que le projet de site de production était avancé, mais n’avait pas encore de localisation.

Pour lui, Neuchâtel a raté le coche: «Genève, Neuchâtel et Vaud ont tous trois fait des propositions. Vaud était le seul en mesure de proposer un terrain remplissant tous les critères».

La surface demandée, de 60 000 mètres carrés, est très importante. Une proposition sur le plateau de Boudry a bien été formulée par Neuchâtel, mais pas de la taille souhaitée. «Nous ne souhaitions pas, par ailleurs, nous installer en face de Celgene, notamment en raison d’une certaine similitude avec nos profils d’emploi» dit Julien Spacio.

Ailleurs dans le bas du canton, pas de place suffisante en zone constructible. Il eût fallu dézoner. Un processus envisageable, mais complexe, et qui peut durer des années.

«Une entreprise pharmaceutique qui souhaite implanter un site de production ne peut pas se permettre les aléas d’un tel processus», indique encore le directeur. En clair, hors de question de risquer des oppositions et un vote populaire.

Parc technologique souhaité

Avec sa casquette de député, il estime que des terrains constructibles, pour lesquels il suffit de déposer un permis de construire, devraient être rendus disponibles par le canton. Julien Spacio envisage de déposer prochainement un texte au Grand Conseil, pour proposer un parc technologique du type de celui que Yverdon a pu faire valoir.

Le canton aurait-il manqué d’anticipation? «Un dossier gagné par le GGBA (la structure de promotion économique de la Suisse occidentale), c’est une excellente nouvelle qui voit une entreprise préférer la région à celle de Zurich», tempère d’abord le chef de service de l’économie (démissionnaire) Christian Barbier. Il est d’accord, «la maîtrise du foncier est devenue un prérequis fondamental du développement économique». Pour lui, l’Etat doit être en mesure de proposer rapidement des solutions aux entreprises. «Ce qui a changé, c’est que cette mise à disposition relève d’une collaboration entre communes, canton et Confédération et doit correspondre à des objectifs stratégiques clairement définis.»

Faut-il pour autant conclure que l’Etat de Neuchâtel devrait se doter d’une surface propre à accueillir n’importe quel grand projet dans les trois mois?

Ex-directeur d’Y-Parc récemment embauché pour diriger Neode, Sandy Wetzel a suivi le dossier de près. Pour lui, il n’est pas certain qu’un parc similaire à celui d’Yverdon soit souhaitable à Neuchâtel. «De tels dossiers ne se présentent que très rarement.»

Sans entrer dans la question de la maîtrise du terrain (il faut s’accorder avec les propriétaires, organiser un dézonage et des compensations, etc.) «mettre de grands terrains en réserve pour une issue incertaine est difficile. La pression immobilière peut être très importante». Par contre, «ce dont Neuchâtel a besoin, c’est davantage de locaux équipés qui puissent accueillir rapidement des projets plus petits».

Ainsi, tant la reconversion du bâtiment de «L’Express» (voir ci-dessous) que les départs annoncés d’Autodesk et de Medtronic, (nos éditions du 30 novembre) pourraient faciliter l’implantation de nouvelles entreprises dans le canton.

L’Etat destine le siège de «L’Express» à Innoparc

Le 29 avril 2015, la rotative de la Société neuchâteloise de presse tirait pour la dernière fois «L’Express» et «L’Impartial». Début 2016, après le démontage de la rotative, la société éditrice de «L’Express», «L’Impartial» et ArcInfo vendait à l’Etat de Neuchâtel le bâtiment qu’elle occupait rue de la Pierre-à-Mazel 39.

En conséquence, la rédaction des trois médias déménage ce week-end dans de nouveaux locaux avenue du Vignoble 3, à Neuchâtel.

Entre-temps, les intentions de l’Etat quant à l’usage du bâtiment, stratégiquement placé aux abords de Microcity, se précisent. Lors du rachat, l’Etat de Neuchâtel indiquait vouloir consacrer PAM39 à «l’accueil de nouvelles entreprises». Cette intention semble devoir passer par la vente du bâtiment à Innoparc SA. Cet «hôtel d’entreprises» met à disposition des PME des espaces équipés sur trois sites: Saint-Blaise, Hauterive et La Chaux-de-Fonds. Des personnes proches du dossier ont confirmé à la rédaction que la transaction avait été décidée, mais non signée. Les parties ont, elles, gardé le silence sur la transaction: «Aucune communication n’est encore prévue à propos de ce dossier», indique Ingela Geith Chauvière, chargée de mission, en l’absence du chef du Département de l’économie, Jean-Nat Karakash.

Les trois sites d’Innoparc ont rapidement été remplis après leur lancement. L’arrivée de l’ex-bâtiment de la SNP dans le giron d’Innoparc augmentera sa capacité d’accueil d’environ 15% selon nos estimations.


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